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Le Mouvement Nouvel Elan "MONE" a commencé
avec une grande conférence de presse  et a présenté son plan d'action pour les prochains mois ...


nouveau Ouvrage

XIV. AIDE AU DEVELOPPEMENT ET COOPERATION

Nous introduisons ici le texte intégral de l'intervention de notre président, Monsieur Said Charchira, au colloque sur le rôle des migrants dans le développement local, organisé le 26, 27 et 28 février 2003 à Agadir, au Maroc. Il aborde la question sous différents angles :


Depuis la seconde guerre mondial, les pays du sud de la Méditerranée subissent les conséquences de la division internationale du travail  consacrant les pays riches au sommet de la pyramide des connaissances technologiques, des marchés financiers internationaux et de la mondialisation tout azimut. Cela se fait au mépris de tout principe d'équité, d'échange égal ou de respect des peuples et de leurs souverainetés.

 

La majorité de ces pays a connu, pendant et après la colonisation, une expropriation de leurs richesses et une ponction financière des plus tragiques, adoucie cependant par une thérapie humanitaire de complaisance.

 

Depuis environ une décennie, les anciennes métropoles colonisatrices  abandonnent de plus en plus les pays anciennement colonisés à la nécessaire, mais combien douloureuse, opération d'ajustements structurels du Fonds monétaire international. Pire, la mondialisation et la globalisation se font sur le dos de ces pays du Sud.


Les différences entre les deux stratégies d'investissement, de coopération, d'aide et de réajustement font des pays en voie de développement du pourtour méditerranéen, sur un premier plan, un champs de bataille économique et financier ravageur par ses conséquences politiques et sociales et, sur un deuxième niveau, un lieu d'expérience et un échantillon pour la domination du système d'ethnocentrisme occidental où l'individu prime sur le groupe, où l'égoïsme prime sur l'égalité.


Affaiblis par une décennie d'ajustements structurels du Fonds monétaire international, les Etats du Sud de la Méditerranée ne sont pas en mesure de satisfaire facilement la revendication démocratique et de soutenir une action prolongée de défense et de promotion concrète des droits de l'homme.

 
C'est dans ces conditions que les acteurs du développement et de la solidarité, autochtones et allochtones de la région du pourtour méditerranéen, doivent repenser aujourd'hui leur action de coopération, revoir le système mis en place et travailler à l'amélioration réelle de la coopération Nord-Sud.


Les discours convenus selon lesquels les accords de coopération sont le fruit d'un dialogue entre partenaires égaux sont démentis par la réalité qui atteste l'exact contraire. En fait, la coopération centralisée est fondée sur des non-dits (coopérer pour mieux asservir, pour mieux maintenir les liens de dépendance à sens unique, pour mieux se protéger sur le plan de la sécurité, pour mieux maîtriser le flux migratoire). On ne pouvait dans ce cas définir le projet "commun", les moyens et méthodes de le mettre en pratique. Lui substituer le projet préétabli du FMI et celui de la coopération centralisée entre Etats comme seuls modèles était une porte de sortie relativement facile. Cette voie à fini par livrer sa vérité : le développement du sous développement.


Dès lors que l'énoncé de la problématique est clair, et au vu de ses résultats, il s'agit de faire en sorte que la coopération profite directement aux populations concernées et éviter de faire le jeu de certaines institutions internationales qui n'ont d'objet que d'instrumentaliser l'aide au développement, dans une perspective assurant leur sécurité et leur vision de la stabilité dans la région.

 

Quel Concept de l'aide au développement ?


La coopération Nord-Sud s'inscrit dans un contexte de déséquilibre, considérable et permanent, en défaveur du Sud. Aujourd'hui la communauté marocaine de l'étranger, aspirant à jouer un rôle de protagoniste à part entière dans le domaine de la coopération internationale, ne peut accepter le maintien de relations de domination et d'exploitation, incompatibles avec les principes et les visées de la coopération et d'aide au développement.


Faut-il ici réitérer que l'idée de gérer les flux migratoires, grâce à des politiques de développement adaptées, est née du constat que les migrations ne peuvent être arrêtées ni par l'instauration de normes juridiques d'interdiction d'accès au territoire, ni par d'importants dispositifs policiers.


Le concept du co-développement, avancé ces derniers temps par un certain nombre de pays, France en tête, nous laisse rêveurs. C'est un bon concept, une stratégie généraliste généreuse mais les programmes sont désuets, vides de contenu. Les mesures d'accompagnement y sont inexistantes sur le plan des finances mobilisables.


En réalité, si la France, représentant les intérêts de l'Europe méridionale au sein de l'union européenne, avance ce concept c'est pour faire face à un autre concept admis, adopté et fortement soutenu par l'union européenne. Il considère que les pays de l'Est, candidats à l'adhésion à l'union, sont de véritables partenaires en matière de co-développement. Les pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée représentent une région potentiellement dangereuse en terme de flux migratoires, d'instabilité politique et d'insécurité militaire. C'est pour cette raison qu'il n'est proposé à ces pays que des aides au développement dans la visée de contenir ces dangers à moindre frais.


Les émigrés, eux, optent pour un nouveau système de coopération que nous appellerons "la coopération décentralisée pour un développement durable". Il doit se construire par la participation de tous les acteurs et par l'introduction de nouvelles méthodes et des objectifs plus proches des populations concernées.


Il convient donc de souligner ici que la coopération ne peut être uniquement interprétée comme l'instrument d'une politique de régulation des migrations mais doit aussi viser l'intérêt des populations défavorisées. Plutôt que de privilégier l'aide, extrêmement faible, au développement, ne conviendrait-il pas de mettre en place des relations économiques égalitaires?

 
En effet; le développement, entendu dans son sens global, ne peut se réduire à une simple aide au développement. Celle-ci n'en est qu'un aspect, une expression de solidarité internationale avec les PED. Même sur ce plan, cette aide classique doit être revue, tant dans son esprit que dans sa nature .

 

Dans son esprit, elle doit cesser d'être un moyen de domination : recherche du "clientélisme" politique local et régional, promotion prioritaire et parfois exclusive des intérêts commerciaux des donateurs et obligation de suivre leur modèle de développement, etc..

 

Dans sa nature, cette aide doit faire l'objet d'une reconceptualisation. Elle doit être réaffectée vers des domaines de développement humain ( santé, enseignement, emploi, logement, formation ).


En réalité, restreindre l'aide à la seule performance économique, à l'augmentation de la croissance, c'est négliger sa redistribution, ce qui aggraverait les inégalités sociales, sectorielles et régionales.

 
Par contre, concevoir et accepter dans les faits le lien entre croissance et redistribution équitable (justice redistributive), permet de promouvoir un système politique fondé sur la reconnaissance, la promotion et le respect des droits de l'homme, non seulement civils et politiques mais aussi économiques, sociaux et culturels.


Contrairement au concept qui repose sur la primauté de l'économie et la conditionnalité à sens unique du respect des droits de l'homme (nous disons à sens unique parce que les droits de l'homme "immigré" en Europe ne sont pas respectés, loin s'en faut), le concept de développement humain défendu par le PNUD (Programme des Nations Unis pour le Développement) tente de répondre aux quatre dimensions fondamentales de la vie des hommes :

 

  • l'amélioration de l'espérance de vie à la naissance.
  • l'amélioration du taux d'alphabétisation des adultes.
  • Les années de scolarité moyenne.
  • le niveau général d'instruction.
  • Pour notre part, nous aimerions ajouter nécessairement un autre domaine, important s'il en est,  celui du respect des libertés politiques.

 

Quelle action politique et par quels acteurs?


La prise en charge des mécanismes structurels générant les processus migratoires ne peut plus se faire de manière générale et indifférenciée en mettant de côté les spécificités des régions, des populations, etc.. Elle relève, désormais et nécessairement, d'une approche plus fine, en termes de  définition de bassins géographiques et de catégories de populations, tous deux identifiables à des niveaux réellement décentralisés et à certaines formes d'expression de la société civile, notamment celles représentant les populations directement concernées, associations, ONG, et autres forme d'expression populaire.

 

Pour cela  il serait judicieux de sensibiliser les acteurs et les forces potentielles du développement dans cette direction. Il s'agit d'identifier, au-delà des partenaires classiques de la coopération internationale, les structures publiques et privées devant effectivement animer la coopération au développement dans la société civile locale, par branche d'activité, par  forces vives totalement investies dans cette action.

 

Il s'agit de préciser ce que l'on entend par modalités de coopération et comment les actions qui en relèvent se distinguent-elles des modalités voisines d'action de coopération centralisée. Existe-t-il des procédures et, de manière plus générale, un droit spécifique de l'action dans le domaine de la coopération décentralisée?.


Il s'agit d'identifier les différents domaines où se développent les actions de coopération et de vérifier quels rapports peuvent être établis entre l'objectif  général et les régions concernées par le biais de conventions régionales, locales ou simplement par des accords privés, soutenus ou non, par des subventions publiques inconditionnelles.


Il s'agit de réfléchir autrement aux dispositifs de formation des acteurs de développement et de réorienter l'action vers un renforcement de la coopération décentralisée.

 

Il s'agit de mettre à profit les apports d'experts, de technologues et de scientifiques pour dresser un réseau d'échange permanent dans ce domaine.


Il s'agit d'impliquer les forces vives européennes et marocaines comme les syndicats, les associations des droits de l'homme, les associations de jeunesse, de femmes, les ONG et de renforcer le travail de lobbying que ces forces vives peuvent jouer auprès des parlements nationaux des différents Etats membres de l'union européenne et du Parlement européen.

 

Il s'agit de rester vigilant et de concourir au niveau des ONG pour faire entendre la voix des acteurs du développement auprès des décideurs de l'union européenne et particulièrement auprès des Directions générales I et VIII de la commission européenne.


C'est sur la base de cette approche que nous devons travailler, en compagnie de toutes les bonnes volontés et toutes les forces vives qui y voient une possibilité de concrétisation de l'objectif de développement en rapport avec les migrations.


Partenariat euro-méditerranéen

 

Il ne s'agit pas, dans ce document, de tirer les bilans, ni de tracer les perspectives les plus globales. D'autres ont déjà travaillé sur le sujet et ont apporté des contributions fort valables dans plusieurs domaines. Notre ambition est de définir la place et le rôle de la communauté marocaine de l'étranger dans la participation effective dans ce domaine. Mais force est de constater qu'on ne peut le faire sans aborder le processus de Barcelone.

 
En effet, nous estimons que ce partenariat euro-méditerranéen, tel qu'il est aujourd'hui, ne peut se poursuivre en ce début du 21ième siècle. Car, depuis plus de sept ans, l'effort de l'Union Européenne dans le cadre de la conférence de Barcelone, en faveur de ses partenaires méditerranéens, s'est avéré mal adapté et insuffisant.  Les pays du Nord n'ont pas pu faire preuve, de cette volonté politique nécessaire à la formation d'un cadre institutionnel solide et adéquat qui assurerait, pour tous les pays du pourtour méditerranéen, un partenariat juste, équilibré et égal.


Il est clair qu'un véritable dialogue interculturel Euro-méditerranéen, dont l'objectif serait une saine coopération entre les deux rives, exige l'identification des problèmes, des faiblesses et des insuffisances des différentes approches initiées depuis 1995. Pour mieux comprendre la réalité, il nous semble qu'il est indispensable de procéder à une analyse rigoureuse des changements et des évolutions. A partir de là, déterminer  les priorités des sociétés du Nord comme celles du Sud dans leur démarche d'établir un partenariat équilibré et durable.

Pour ériger ce partenariat équilibré et durable, il est primordial d'adopter une attitude d'ouverture et de respect envers les autres sociétés et cultures. Seule cette attitude est  susceptible de créer une nouvelle dynamique, à même de permettre un partenariat équilibré et positif. Or, si tout le monde est convaincu que le respect de l'autre dans sa diversité constitue le meilleur moyen de réussir dans ce partenariat, on en est malheureusement loin, coté Nord du respect de cette devise.

 

D'un autre coté, la mise sur pied de ce partenariat passe nécessairement par l'annulation de la dette ou du moins sa reconversion à l'aide au développement. Car le poids de la dette représente, à ne pas en douter, un obstacle majeur au développement des pays-tiers. Une volonté politique des pays industrialisés, permettant un développement équilibré et durable, est également susceptible à notre sens de sortir les pays-tiers de ce sous-développement.

 

Le sous développement de ces pays puise ses racines dans l’histoire : l’héritage du colonialisme, l'inégalité des échanges, la mainmise sur leurs richesses, la concentration d’un pouvoir non démocratique entre les mains d’institutions issues des Accords de Bretton Woods et de l’OMC.

 

En outre, les situations de conflit, la fragilité des institutions, les lacunes et les faiblesses des pratiques de gestion, sans oublier la fuite continue des cerveaux du Sud vers le Nord, le manque de démocratie, l’inégalité dans la distribution des richesses, la corruption, etc. viennent alourdir ce sous-développement.

 

Notre concept, au CONGRESS, n'a pas changé depuis l'élaboration de notre plate-forme en janvier 2001. En effet,  nous plaidons pour une coopération équilibrée et durable et pour un réel développement. Un développement qui permette une croissance économique, qui réponde à tous les besoins des générations présentes, sans compromettre ceux des générations futures.


Notre réflexion nous amène à penser que  le déséquilibre  des relations actuelles entre le Nord et le Sud, particulièrement dans le domaine de la coopération et de l'aide au développement, peut devenir à tout moment une source d'instabilité dangereuse pour notre « KARIA ».

 

En effet, le système mondial ne semble pas avoir la capacité de poursuivre les objectifs consistant à ralentir la croissance démographique, à sortir les pays tiers du sous -développement  et à réduire, au moins en partie, le fossé entre les pays riches et les pays pauvres.

 
L'aide au développement pratiquée par les pays riches, avec une démarche d'assistance reposant sur un substrat de culpabilité, a fait son temps aujourd'hui. Il s'agit dorénavant, de mettre en chantier de nouvelles modalités, de nouveaux mécanismes d'aide au développement, en se basant sur une politique partenariale égale.


Quel rôle pour le CONGRESS et les associations de Migrants?


L'ambition du Congrès Mondial des Marocains de l'étranger et de la majorité des associations issus de la Migration est de jouer un rôle positif dans la question de l'aide au développement qui, à notre sens, connaît aujourd'hui de graves lacunes. Il entend également faire en sorte que « développement et démocratie », « développement et inter-culturalisme » aillent ensemble dans toute action vers le pays d'origine.

 
Pour réussir dans sa mission, le CONGRESS entend faire intéresser les organisations issues de la Migration ainsi que la société civile européenne à cette problématique du mal développement. Ces organisations, aux possibilités considérables, ne peuvent ni doivent faire l'impasse sur cette problématique.

 
L'objectifs premier est de mobiliser des partenaires transnationaux, en vue de communément profiter des compétences et des outils de soutien à la coopération et au développement local, isolément acquis. Cette approche, volontairement unioniste, pragmatique et didactique, permettra l'acquisition des compétences, en matière de gestion des projets de coopération et de développement, notamment par la formation et les stages. Etant entendu que cette formation peut s'étendre à des actions en matière de communication, de médiation et de négociation entre les partenaires.


Un deuxième objectif sera de stimuler le développement de la société civile dans les pays d'origine, à travers le transfert du know-how à ses diverses organisations. Nous sommes d'avis que ce développement contribuerait à cristalliser un sentiment d'une marche vers la démocratie et l'égalité sociale qui, à son tour, aiderait à parer à la menace que représentent la montée de la pauvreté et l'élargissement des disparités sociales. Etant entendu que cela pourrait également contribuer à la réduction de la pression migratoire.


Pour ce faire, il est nécessaire que l'Union Européenne pratique une politique constructive et cohérente, à l'égard des pays d'origine et principalement les pays du Sud de la Méditerranée. Car, à long terme, le vieux continent  n'aura d'autre alternative que de participer au décollage économique des pays tiers, et plus particulièrement du Sud de la Méditerranée, en réalisant notamment des grands projets socio-économiques.

 
L'union Européenne doit enfin réaliser que le Sud de la Méditerranée est sa véritable frontière-Sud et que de cette zone dépendent des questions européennes vitales, telles que la stabilité et la sécurité. De là à préconiser une plus grande implication de l'Europe dans le développement de ces pays, il n'y a qu'un pas, allègrement franchi. En effet, seul un décollage économique effectif est porteur de stabilité et réducteur du flux migratoire.


Par ailleurs, le CONGRESS plaide dans ce mémorandum pour la création d'un institut euro - méditerranéen de démocratie, à l'image de celui réalisé dans les pays d'Europe de l'Est et de l'ancienne Union Soviétique. Cet institut devra mettre en œuvre un programme de renforcement de la démocratie et faire matériellement participer les femmes dont le rôle est au centre d'une triple dynamique: démographie, développement et démocratie.

 
Cet institut galvanisera également la tolérance interculturelle et les actions de sensibilisation sur des questions universelles telles que les droits de l'homme ou l'environnement. Il sera un instrument de rapprochement socioculturel entre les pays des deux rives de la Méditerranée.


En dernier, nous plaidons pour la création d'un programme à destination des médias. Il servira de point de rencontre et de pont culturel entre les journalistes européens et leurs collègues des deux rives de la Méditerranée. Une meilleure connaissance des cultures et traditions des sociétés des deux rives favoriserait certainement une complicité mutuelle et élargiraient les perspectives des journalistes participants. Sachant le rôle et l'influence des Médias, nous ne pourrons que nous réjouir d'une telle optique.





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